BACK
TO THE
SLACKS
Si les militaires n'existaient pas, il faudrait les inventer. Pas pour faire la guerre, pour remplir notre vestiaire… Ainsi, ce qu'on appelle le chino est en effet et à l'origine un vêtement bidasse.
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On dit chino en français mais plutôt khaki en anglais. Ce khaki n’est pas kaki comme la couleur, évite de faire croire que t’es bilingue, mais couleur sable. Ou plus exactement : couleur poussière pour respecter le sens du mot khaki, en hindoustani. Une des langues que l’on parle en Inde, ce pays auquel les militaires britanniques, loin de la pluie et du froid de la maison, ont dû s’acclimater pour vaquer à leur occupation impériale. Et commencer à fabriquer ce pantalon en sergé de coton pour éviter que le pâle Anglais ne fonde à la chaleur humide du Penjab.
Pas con, ont pensé les Français, ou les Américains, pour leurs armées envoyées sur des terrains dans le genre tropical… Notamment au cours de la guerre USA vs Espagne à la fin du XIXè, du côté de Cuba et des Philippines.
C’est là, dans le Pacifique, que les Yankees, qui achetaient du coton chinois pour en faire ces pantalons en toile encore plus légère que le sergé, au poil pour le confort du soldat suant, ont fait marner les Espagnols. Qui, du coup, se mirent à appeler ce pantalon “chino“, dédicace aux Chinois. Aussi simple qu’un fil de coton, l’explication…
Tout ça pour dire que la toile va vite importer moins que la forme du pantalon : coupe droite, serré à la cheville, sans les plis merci. Ça, ce sera pour les civils qui, à force de voir les GIs en permission de seconde guerre mondiale porter ce futal d’apparence nouvelle et à l’air très confortable, l’ont de suite adopté.
Plutôt deux fois qu’une même, au point de devenir le pantalon officiel de l’Américain moyen en mode barbecue dans le jardin. Ce pantalon, c’est un peu sa vie : tout jeune à la Fac, c’est un chino qu’il portait. Une sorte d’uniforme pas militaire, mais étudiant. Avec la chemise par-dessus ou le polo aussi, et des mocassins aux pieds, le chino est la pièce centrale du look preppy. Et un look preppy, ça fait sérieux pour draguer la future maman du foyer… Pas mauvais garçon en cuir, t-shirt blanc et jeans.
Ce côté très utile du chino n’est évidemment pas tombé dans les yeux d’un aveugle et les jeunes hommes qui ont quitté l’école pour aller travailler et nourrir les gosses, se sont mis à porter de plus en plus ce pantalon que les fils à papa adoraient. Bien pratique en cas de grosses chaleurs : rappelez vous le look de Serge Montand dans “Le Salaire de la peur“ (1953) : chino, marcel et boots.
Le chino est maintenant partout, chez nous ici aussi et dans tous les pays occidentaux.
Partout, toutes classes sociales confondues, c’est le tube de l’été et pour ne pas faire disette l’hiver, les marques en ont lancé toutes les variations possibles. Alors, et pour que cette histoire de chino soit aussi claire que de l’eau de purin, il est vrai que des stylistes aimant plaisanter ont lancé des chino en denim… Loin, très loin du khaki étymologique mais le chino se prête à tout.
Or même si papa adore son chino, fiston aussi. Notamment les jeunes Anglais jamais en retard d’une guerre de la mode. Les Mods déjà, très influencés par le look preppy quoi qu’on en dise en théorie, l’adoptèrent fissa. N’est-ce pas Ben Sherman ?
Quand 10 ans plus tard à la fin des seventies, le revival des mecs à scooters se produit, le chino revient en même temps qu’eux sur leurs guiboles. Or en 10 ans rien n’a changé : leur goût pour la baston n’a pas varié et la fonctionnalité d’un vêtement s’applique sur tous les plans… la rue, c’est du sport. C’est pas chinois de comprendre le chino.
Parlant sport, donc football, donc hooligans, leurs petits frères qu’on va appeler Casuals ne balanceront pas leur chino avec l’eau du bain synthétique de leurs fringues action sports. Farah, marque américaine adulée par ces bagarreurs apprêtés le sait bien…
On n’a pas parlé du chino féminin : on n’est pas miso, c’est juste la même histoire. Pratique et fonctionnel, un peu retaillé, il est passé du vestiaire masculin à la garde-robe féminine aussi sûrement qu’elles leur ont piqué leurs vestes de costume. Depuis les années 80 à peu près…
Aujourd’hui c’est la folie chino pour tout le monde.
C’est pas chino, c’est chi-yes.





